Je ne me tairai pas.

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J’ai eu un amant à Bali.

Un américain, un peu fou, fou comme j’aime, sensible et séduisant.

On se connaissait un peu, juste assez pour se déshabiller l’un l’autre sans gêne quand le moment s’y est prêté. Perchés au bord d’un toit-terrasse, quand la nuit tombait doucement sur Ubud. Un soir, puis deux, puis trois, j’ai eu un amant à Bali.

Les petites Luxures - Glissement de tes reins
Les petites Luxures – Glissement de tes reins

La tourterelle et le tremblement de terre

La vie était simple, nous nous connaissions peu, juste assez pour déjeuner en riant et partir à l’aventure, découvrir les rizières, les temples et les trésors des reliefs balinais. Quelle que soit la destination, nous finissions par retrouver notre chambre, jouant comme des enfants, et nous donnant l’un à l’autre sans hésitation.

Un matin, au 4e étage de notre hôtel, je suis réveillée par la sensation étrange d’être à bord d’un navire. Le lit tangue, le lit oscille, d’avant en arrière, de gauche à droite. Je lève la tête quand j’entends les chiens hurler à la mort dans la rue. La chambre ondule. Je n’en crois pas mes yeux.

À mes côtés, une tête curieuse émerge. “What is happening?”. Et c’est terminé. Ubud se tait, mais c’est terminé. J’explique, un peu choquée. Il se redresse. “Oh, right. It’s common here.” Voyant ma mine inquiète, il me caresse la joue et roucoule.

J’éclate de rire.

Les petites luxures - zone de mouillage
Les petites luxures – zone de mouillage

Le cri du cœur

Quand le tremblement de terre a réveillé la peur dans mon ventre, la voix coupée, je retenais mon souffle. Sa main sur ma joue, en roucoulant, il me rappelle notre discussion de la veille.

Depuis le début de nos folles nuits, il roucoulait. Surprise au début, j’avais cru avoir affaire à un original. Loin d’être refroidie, j’étais plutôt intriguée et fascinée par la liberté avec laquelle mon amant vocalisait plaisir, chatouilles, tension, frustration, extase. J’apprenais avec beaucoup de joie toutes les nuances de sa voix et m’amusais d’autant plus à en suivre les variations…

Je réalisai à quel point la voix était une façon de lâcher prise. À quel point les sons qui ponctuaient nos étreintes ressemblaient à de véritables soupirs et cris du cœur. Rien à voir avec ces râles mesurés et halètements programmés par des scénarios inconscients, des visionnages compulsifs de pornos inhumains. Mon amant jouait chaque nuit sa véritable symphonie de l’amour.

Les petites luxures - just do eat
Les petites luxures – just do eat

Je ne me tairai plus.

J’ai passé en revue mes amours. J’ai entendu le silence de certains, subis les faux sons des autres, performant je-ne-sais quelle scène qu’ils étaient seuls à jouer. Je me suis souvenue des pleurs, des sanglots, qui jaillissaient soudainement d’une étreinte jouissive, pourtant sans saveur. J’ai réalisé la honte que je portais en moi quand mes soupirs avaient été entendus. La colère et la gêne quand j’avais été témoin de ceux des autres.

Quels concerts fades, quelles tristes symphonies. Ces sonates étouffées au fond d’un oreiller ou tues par une main paniquée sur une bouche trop loquace. Quel gâchis, quel manque d’éducation !

Je sais que la recette n’est pas universelle, que tout le monde ne souhaite pas hurler de plaisir à chaque rapport et qu’il faut entretenir de bons rapports de voisinage (surtout en période de confinement). Je sais néanmoins que le corps peut guérir l’âme. Qu’en choisissant de détendre les muscles, qu’en libérant les tensions contenues dans les tissus, les articulations, on impacte directement la production hormonale. Qu’en décontractant le corps, on apaise l’esprit. Qu’en vocalisant, eh bien… On diffuse l’énergie, on l’attise, on l’entretient. On la reconnaît, on l’explore, on la permet. En vocalisant, on existe autrement.

Alors, comme sur Photoshop, depuis Bali, j’ajoute du bruit.

Ce grain qu’on préfère retirer à l’image, parce que cela ne fait pas très propre, très lisse, très beau. Ce détail qui déplaît, dont on ne peut prévoir ni la forme, ni la place. Qui surgit à l’improviste.

 

Les petites luxures - le voisin
Les petites luxures – le voisin

Faites du bruit.

J’ajoute du bruit, parce que je suis sûre que c’est ainsi qu’on peut guérir le corps, qu’on peut accepter son unicité, sa beauté imparfaite, sa magie infinie. Je suis absolument convaincue que c’est en laissant l’énergie du dedans s’exprimer au dehors, la musique de notre âme prendre corps dans la gorge, se charger de nos non-dits, de nos terreurs, de nos cris, et se révéler toute entière sans peur de la fausse note, que l’on se retrouvera, entier et entière.

Je suis convaincue que c’est en liant les émotions du dedans aux mouvements, aux sons du dehors, que l’on sera rencontré pleinement par celles et ceux qui le souhaitent vraiment. Qui ne se sentent pas attaqués, mis en danger par la force qui rayonne désormais du plus profond de votre ventre. Je suis sûre qu’avec notre voix, c’est un peu de notre âme qui remonte dans la gorge. Qui ne veut pas aimer depuis l’âme ?

Alors faites du bruit, vraiment.

Vulnérable vulve au sirop d’érable

Éduquez-vous à vocaliser, à laisser râles et soupirs se déployer pleinement. N’ayez pas peur.

Laissez la bouche s’ouvrir, les lèvres vibrer, bourdonnez, baillez. N’ayez pas peur.

Permettez aux muqueuses, aux langues, aux joues, d’entamer un hymne unique mêlant fraîcheur liquide, liqueurs limpides, permettez-vous de réinventer l’alphabet phonétique.

Autorisez-vous des opus inédits, composez sans limite.

Célébrez, honorez la vulnérabilité par la vocabilité !

Encouragez vos amours à chanter, à rythmer la pulsation du plaisir dans leur corps, les battements de leur cœur dans leur sexe.

Encouragez vos amants à claquer de la langue, à user des fricatives, à siffler comme des vents exotiques, à murmurer, à couiner, à gronder, à grogner comme des bêtes sauvages.

Et à chaque fois que vous êtes surprise, surpris, que vous avez envie de rire, faites-le. Peu importe s’il vous semble faire l’amour avec un sanglier asthmatique, une porte qui grince ou un tracteur-tondeuse. Riez. La sexualité est sacrée, pas sérieuse. Et sentez le corps se détendre, l’énergie circuler, le plaisir se diffuser. Sentez le sel, le sucre, le sirop ruisseler dans le ventre, le bas ventre, sentez la connexion se rétablir en cœur, corps et esprit.

Et, voguant vers des hauteurs vertigineuses, jouissez à l’unisson.

Les petites luxures - Chef d'orchestre
Les petites luxures – Chef d’orchestre

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Marie dit :

    AH OUI, OUI, OUI QUE C’EST BIEN ÉCRIS, BIEN DIT ET J’EN CRIE D’ADMIRATION !!!!!

    Aimé par 1 personne

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